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Lux ex Tenebris, la nouvelle exposition de Caroline Guth

Jusqu'au 10 octobre prochain, la peintre Caroline Guth expose à Paris, à la Galerie Etienne de Causans. En philosophie et beauté d'âme, entre ténèbres surprenantes et lumières dignes des plus grands peintres de la Renaissance, Caroline Guth vous invite à découvrir sa nouvelle exposition Lux ex Tenebris..., une exposition où les oeuvres respirent, où les oeuvres , témoins de notre temps, paraissent vivantes.

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Aletheia de Caroline Guth (2024, détail [avec un autoportrait de Caroline Guth])

Caroline Guth est venue très jeune à la peinture. « Pour moi, un tableau, ça a toujours été un peu proche de la philosophie. On valorise ou on dévalorise des choses. Donc, quand on regarde des portraits, toute la grande peinture, ce sont des valorisations, des dévalorisations. Pour moi, une peinture qui ne porte pas ça, c’est dur parce que ça met en contraste des valeurs d’une époque avec les valeurs d’une autre époque. » nous confie-t-elle.

L'autoportrait et le corps omniprésent

Caroline Guth a un rapport particulier au corps humain, femme et homme, depuis son enfance, comme un amour du corps. « Quand j’étais enfant, le corps des gens qui étaient proches de moi, de ma mère et d’autres, ça me fascinait. Je trouvais que c’était une complexité, le corps, entre les formes, la structure (j’aime beaucoup la sculpture). Il y a quelque chose dans le corps, une complexité en même temps, une harmonie… C’est difficile à expliquer parce que c’est quelque chose de purement émotionnel. A la base, si je peinds des corps, c’est parce que j’aime le corps, j’aime dessiner un corps, j’aime les volumes complexes. »

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Caroline Guth apparaît souvent dans ses oeuvres. Pourtant, un autoportrait pourrait ne pas en être un, se comparant parfois à un objet : « Je suis à la fois un objet pour moi-même, parfois un sujet. Il y a une notion d’objet, c’est-à-dire de se servir de sa propre image pour véhiculer quelque chose dans l’autoportrait qui est, en même temps, un autoportrait et un portrait, parce que je ne cherche pas à me représenter avec un idéal. Je cherche souvent à incarner quelque chose que je pourrais incarner si je décidai de prendre ce masque ou cette posture. »

Pourtant Caroline Guth ne refuse pas les modèles, bien au contraire, à l'image de la comédienne Mathilde Mosnier ou encore la danseuse de flamenco Sharon Sultan : « quand j’arrivais à avoir les modèles que je voulais, je préférais avoir un modèle extérieur. »

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Sharon Sultan devant Sharon de Caroline Guth (photo : DR)

Mais, parfois, un ou une modèle n'accepte pas forcément certaines poses parce qu'ils n'ont pas forcément envie de se voir comme ça, que ce soit vêtu ou dans le plus simple appareil. De ce fait, Caroline Guth a développé une technique pour arriver à faire des clichés d'elle pour incarner les postures et les images qui émergeaient dans son esprit.

Lumières et ténèbres

L'exposition Lux ex tenebris explore les lumières contemporaines et interroge le vice comme moteur de notre prospérité économique, à travers des tableaux, des dessins et un nouveau court-métrage intitulé Lux ex tenebris (ou Tenebrae ex luce) - Leur enfer est devenu notre paradis.

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La série Ténèbres, entre modernité et peinture classique de la Renaissance, est une série de peinture où la philosophie est un second pinceau. Pour Caroline Guth, dans la période de la Renaissance, il y a « un désir de virtuosité qui m'exaltais beaucoup, mais aussi de prouesses, d’arriver vraiment à améliorer la technnique, le rendu, ce côté un peu d’aller plus loin que ses limites qui m’intéressait beaucoup. Et il y a aussi, dans la peinture de la Renaissance, ce côté intellectuel, quand les artistes se sont dits « On est pas seulement des artisans, on est aussi des intellectuels. » On va penser à travers le corps, à travers le visage, à travers la matière, même quand ils reprenaient des scènes religieuses ou historiques, ils mettaient leurs propres interprétations. Ils essayaient toujours de se rendre présents (bon, il faut voir ça comme une forme d’orgueil), c’est là aussi qu’apparaît l’artiste qui se met dans son tableau. C’est tout ça qui faut que je suis très attirée par la science et que je me suis dit que la peinture, dans ce qu’elle a de plus profond et de plus viscérale, c’es de cette ordre-là, comme la pensée, la philosophie. »

Sombre est la lumière

Lectrice passionnée de philosophie, Caroline Guth est très sensible à essayer de mettre en images notre époque pour nne pas être une peintre du passé : « je veux être une peintre de mon époque mais avec toute la richesse du passé. » nous avoue-t-elle, ajoutant que « C’est très ambitieux, mais je pense qu’aujourd’hui, il y a un peu un désespoir en se disant « Ce n’est plus possible », qu’il « y a des choses qui sont finies », moi, je dis non ! Pourquoi ce serait fini ? Je pense qu’on est, à toutes époques, capable de revisiter et d’avoir une exigence élevée. »

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Sombre est la lumière de Caroline Guth (2026)

Dans Sombre est la lumière, une oeuvre gigantesque terminée l'été dernier. Caroline Guth observe la société. Et puis, un jour, « il y a eu cet événement : le mariage de Jeff Bezos, qu’on a surnommé le mariage du siècle à Venise, et ça m’a fait penser aux Noces de Cana. Je me suis dit, « non là, il y a un truc ! » Et puis, je creuse, et puis je me dis que « Ben, tout ce petit monde de l’IA, du post-humanisme, en fait, c’est la nouvelle religion, c’est la religion techno-scientifique. C’est sûr qu’avec les Noces de Cana, il y a une résonnance et que je vais pouvoir tout remettre en forme et, là, donc, le challenge, c’est trouver qui mettre. J’ai lu d’autres livres, trouver qui, comment les agencer, qui est en résonnance avec qui ? »
Ainsi fut créé ce tableau où l'on peut passer des heures à regarder tout ce qui s'y passe : Donald Trump à côté du couple Bezos, Lauren Sanchez-Bezos laissant son mari Jeff sembler écouter un robot qui lui chuchote quelques mots (lesquels ?) à l'oreille ; Emmanuel Macron, caché, dans ce qu'on pourrait appeler le poulailler de ce théâtre vivant, regardant, aux côtés de son chien Némo, toute la tablée avec l'envie folle d'y être invité ; Ursula von der Leyen, sur la droite, qui lance des pommes sur la tablée où, elle non plus, n'est pas invitée ; ou encore, toujours dans les hauteurs, au pied de la statue romaine, Taylor Swift, se cachant le visage, tournant presque le dos à la tablée, qui n'a pour témoins que deux robots...
Caroline Guth pense, en effet, que le passé éclaire l’avenir. « On ne peut pas penser à partir de rien. On pense à partir de ce qui s’est passé avant. De toute façon, eux-mêmes ont fait le lien, puisque Jeff Bezos, ce n’est pas un hasard s’il a fait ses noces somptueuses à Venise, parce qu’on sait qu’ils sont tous admirateurs de l’Italie de la Renaissance, de toutes ces grandes seigneuries, c’est leurs fantasmes. Donc, eux-mêmes la véhiculent, cette idée-là. »

Jérôme Decourcelles

L'exposition Lux ex Tenebris de Caroline Guth dure jusqu'au 10 octobre prochain.

Adresse : Galerie Etienne de Causans, 25 rue de Seine 75006 Paris

Ouverture du lundi au samedi de 14h30 à 19h

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